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Qu'est ce que Les Roues de la Terre ?

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C'est le projet d'un futur agriculteur qui parcourt, depuis le mois de juillet, les Causses et les vallées du Sud la France. Mon souhait est d'aller à la rencontre des paysans qui ont fait le choix de vivre selon les valeurs d'une agriculture responsable.

Des petites fermes familiales, jusqu'au Groupement Agricole d'Exploitation en Commun (GAEC) ce projet propose de dresser une série de portraits calqués sur 3 axes principaux : les pratiques agricoles innovantes et respectueuses de l'environnement, les personnages rencontrés en cours de route et les paysages de ces superbes régions visitées.

Les Roues de la Terre est une initiative de sensibilisation aux problèmes environnementaux, liés notamment à l'agriculture moderne. Je vois ce projet comme un tour itinérant de questions posées aux acteurs de ce monde rural maintes fois évoqué....

A travers le vélo, par ailleurs, je souhaite tester une autre manière de se déplacer sur des longues distances. Quelle joie d'expérimenter, d'apprendre et de rencontrer des personnes précieuses, tout en pédalant quelques kilomètres...

Ici bas, vous trouverez les portraits de ces paysans croisés en cours de route.

Sur la barre latérale vous aurez l'occasion d'écouter les interviews faites en compagnie des wooufers, stagiaires, etc, rencontrés dans les fermes. Pourquoi en langue maternelle? Par ce choix je souhaite montrer la richesse des rencontres proposées par le wwoofing et peut être je vous emmenerais découvrir d'autres pays... alors, bon voyage!

 

 
Hélène Ballester -Maraichage bio- Lunas (34)

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Au cœur de l'Hérault, dans les contreforts des Causses du Larzac, une bourgade en pierre s'ouvre à ma curiosité. Ici une verdoyante vallée de foret mixte accueille, depuis 2000 ans, l’histoire d’un village occitan d’appellation « lunaire ».

Dans les ruelles étroites sont encore imprimées les vestiges d’un passé médiévale encore difficile à effacer.

Non loin de son clocher, Hélène Ballester, à trouvé ses « Jardins terrasses ». En bordure de l’Orb, une rivière gorgée d’eau cristalline ce jardin m’accueille sous le cagnard estival typique de cette région.

Cultivées en bio depuis 35 ans, ces terraces foisonnent de vie. Fruit de l’expérience et du labeur d’un ancien paysan engagé, les parcelles regorgent de cultures diverses: du cassis aux prunelles, des topinambours aux artichauts, ces plantes vivrières s'intercalent pour le bonheur des papilles.

 

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Aujourd’hui, c’est Hélène qui travaille une partie de ces terres. Celle-ci est venue tardivement à l'agriculture. Le cours de ses expériences l’a amenée à considérer, il y a 3 ans de cela, cette activité comme une  aventure possible.


Elle s'engage alors dans un projet de vie lié au maraichage, aujourd’hui en communion avec la pratique de la danse.


L'évolution de ce projet s'est faite avec la patience et la force que seulement l'amour pour la nature peut offrir. Amour et énergie que l'on retrouve d’ailleurs sur sa table quotidienne. Partisane d'une alimentation naturelle, saine et raisonnée, ses repas sont un délice pour les sens, mais aussi une mine d’énergie.

 


 

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Aujourd'hui elle essaie de mettre en œuvre des techniques de culture traditionnelles. Parmi ses objectifs celui de privilégier l'épanouissement autonome des plantes. Croyante en la bienveillance de la nature, elle préfère la prévenance à la guérison. Par exemple, ses semis printaniers sont laissés à l'extérieur. Les plantes peuvent ainsi s'habituer d'emblée à la température ambiante sans devoir forcément passer par une phase de croissance accélérée sous plastique.

Ses produits sont souvent des variétés anciennes et ne voyagent pas plus de 70 km. Au marché des Arceaux de Montpellier cette vaillante paysanne étale l’aboutissement de ses pratiques agro-culturelles. Par ailleurs, c’est par le soutien de quelques voisins qu’elle arrive à mettre en place un système de « paniers ». Son objectif serait en effet de tendre vers une AMAP. Consciente des enjeux de demain elle défend bec et ongles une agriculture biologique et surtout « locale » !

 
Marylin Pineda- Elevage- Creissels (12)

 

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Parmi le plus emblématique des Causses, le Larzac est loin d’être un paysage uniforme et monotone. Dans l’esprit commun, on songe au Larzac comme une pelouse méditerranéenne, séchée par le soleil ardent du sud. Mais en s’attardant un temps soit peu sur ces causses, on peut perçevoir toute leur diversité. Ce paysage est en effet renforcé par la cohabitation avec des terres cultivables mais aussi par toute une multitude de micro-paysages associés, comme les bocages, les bouissières et surtout les vallées qui en font contraste. Cependant il est vrai qu’aujourd’hui, la perception du paysage larzacien tend à se simplifier et à s’uniformiser. La production agricole, pastorale et forestière s’estompe.

Nous percevons la diversité du Larzac également dans son histoire. En refusant l’extension du camp militaire, des activistes de tout horizon font de ce lieu une référence dans l’histoire des luttes paysannes. Avec des manifestants souvent marqués par une culture mêlée d’antimilitarisme et de régionalisme conjuguée à un mouvement de retour à la terre, ce territoire devient une pépinière d’expériences politiques, sociales et foncières de part son histoire militante. D’un moyen de lutte le Larzac devient un outil de gestion grâce à la création des GFA et l’SCTL. Créés il y a presque quarante ans, les Groupements fonciers agricoles du Larzac (GFA Larzac) existent toujours et fonctionnent comme outil de gestion collective des terres.

C’est sur ces terres, il y a 4 ans, que Marylin décide de s’installer. Comme dans le cas d’Hélène, cette jeune paysanne suit une démarche d’installation hors-cadre (les parents ne sont pas des agriculteurs) qui se révèle être un « parcours du combattant ».

creissels2aVivre dans une ferme était pour elle un rêve qu’il fallait à tout prix réaliser.

Passionnée depuis toujours d'équitation et de tout ce qui tourne autour de l'élevage fermier, elle met petit à petit ce projet en place. Aujourd’hui, dans sa ferme de 180 ha, chevaux, chèvres, brebis, et vaches sont élevés dans le plus grand respect de l’éthique de l’Agriculture Biologique.

Sur ces vastes terres riches en pâturages, les animaux se côtoient pendant la majeure partie de l’année. Cette agricultrice est également passionée par les bergers australiens. Elle découvre il y a 14 ans ces vaillants compagnons canins ont aujourd’hui une place importante dans la gestion des chèvres et des brebis.

Par la présence de ces multiples espèces, cette ferme nous ramène, idéalement, aux représentations champêtres des fermes d’antan. Malheureusement, cette paysanne a conscience du réel visage de l’élevage intensif moderne. Elle a donc choisi de s’engager dans un élevage moins gourmand en énergies et surtout pratiqué en « extensif ». Cet engagement est récompensé par la fidélité des clients de ses 2 marchés (Montredon et Millau) qui soutiennent ce projet par l’achat de sa viande de mouton et pourquoi pas de ses œufs fermiers.

Ce jeune projet témoigne, encore une fois, de la force et de la ténacité d’une jeune femme qui, loin des lieux communs, s’affirme et montre un autre visage de l’agriculture. Un visage féminin à partir duquel les jeunes générations peuvent s’interroger puis s’inspirer pour changer les paradigmes de l’agriculture de demain. creissels3a

 
Daniel Coutarel- Polyculture Elevage- Montredon (81)

 

daniel1Lorsqu’on parle de solidarité internationale, notre esprit fait souvent référence aux différentes ONGs engagées dans les différents pays d’Afrique, Amérique Latine, voir d’Asie. Peut-on penser le même concept ici, dans nos campagnes, par le biais de divers paysans militants et conscients des enjeux de la mondialisation ? La question, par exemple, est de savoir s’il est pertinent d’importer des aliments pour le bétail (surtout de nature protéique) provenant de pays du sud, comme le Brésil et l’Argentine ? Ces aliments, subventionnés par l’UE, créent des excédents de viande et de lait qui vont inévitablement concurrencer les productions locales et décourager les agriculteurs des pays pauvres à garder une production vivrière.

Certains éleveurs ont fait le choix d’agir vers une plus grande autonomie fourragère, ceci en solidarité avec les milliards d’hommes et de femmes qui composent la paysannerie du tiers monde.


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C’est à la borie maigre que j’ai rencontré un de ces éleveurs. Daniel, Blandine et leurs enfants vivent depuis déjà une trentaine d’années dans cette ferme entourée principalement par des anciens bocages. Sur ces 67ha il s’occupe de la conduite de 2 troupeaux : une dizaine de vaches Aubrac pour la viande et des brebis de trois races différentes qu’il nourrit avec autonomie par les produits de la ferme. Ce paysan, aujourd’hui âgé de 55 ans, à choisi d’être en cohérence avec ces valeurs dans tout ce qui concerne la gestion de la ferme. Par exemple pour mieux valoriser les prairies de la ferme il a voulu adopter des races de brebis rustiques (dont notamment la Rouge du Roussillon) qui se prêtent bien aux sécheresses typiques du sud du Tarn.

D’ailleurs les conditions du sol ne sont pas suffisamment favorables : il est en effet composé de parcelles en pente assez forte avec une terre peu profonde et séchant caractéristiques qui ont fragilisé l’activité économique au début de l’installation.

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Convaincu du potentiel de cette « maigre» ferme, il s’est lancé dans les années 90 dans la production de farines certifiées biologiques. C’est notamment le choix d’une certaine variété qui lui a permi de se faire une certaine renommée auprès des consommateurs : après des longues recherches il a réussi à retrouver une ancienne variété de blé, le Barbu de Lacaune, qui s’adapte parfaitement aux conditions culturales de la ferme.

Tous ces produits ne seraient point valorisés sans le travail assidu de Blandine. C’est elle en effet qui s’occupe de la commercialisation des produits de la ferme. Pour rester cohérents avec les valeurs d’une agriculture paysanne le couple a choisi de privilégier le local. Pour cela des livraisons régulières sont destinées à deux AMAPS et différents groupes d’achats tarnais, sans compter, bien sur, le marché paysan de Castres.

 

Les choix du passé portent aujourd’hui leurs fruits. Non seulement la ferme est toujours viable mais elle se diversifie par la venue de nouveau projets...

 
Jeremie Coca - Maraichage label "Nature et Progrès" - Montredon (81)

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Lui aussi des projets il en a eu et il en aura encore longtemps. En travaillant pour des associations d’éducation populaires, ce jeune tarnais savait déjà quelle direction donner à sa vie et à son travail : après des longues réflexions, faites avec sa compagne Odile, Jeremie décide de monter un projet d’accueil à la ferme.

 

La réalisation de l’idée de ces deux néo-ruraux prends du temps mais l’objectif reste le même : créer un milieu de vie en accord avec les valeurs du monde rural qui permettent d’une part de sensibiliser un jeune public aux thématiques de l’agriculture respectueuse de l’environnement, de l’autre de socialiser des personnes en difficultés au milieu paysan qui leur est peut être étranger.

 

 

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Il se trouve que ces mêmes ambitions étaient partagées par Daniel et Blandine. Au demeurant ces derniers recherchaient quelqu’un à installer dans la ferme. Une fortuite rencontre se produit entre ces deux couples et c’est à partir de là que la Borie Maigre a commencé à changer de visage.

Depuis deux ans, sur l’installation de Daniel, l’atelier de maraichage de Jeremie fait ses preuves face aux aléas des climats et des conditions du sol difficiles. Partisan du bio et militant pour l’association « Nature et progrès »,

Jeremie n'a pas peur de prendre des risques : il sait que son métier est fait d’expérimentations et il assume pleinement le choix d’une agriculture sans intrats chimiques.

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Les activités de Daniel et Jeremie se complètent aujourd’hui. Le but est de renforcer l’autonomie dont Daniel est si  fier. La ferme peu à peu se diversifie et cela ne peut que se révéler profitable pour la réussite du projet.

 

Pour cela l’installation d’autres ateliers est prévue. Ceci est du moins la volonté des acteurs de ce beau projet de coopération qui est en train de se créer à la Borie Maigre.

 

En attendant les différents chantiers continuent (éco-construction, bois, etc) et les nouveaux venus sont toujours les bienvenus !

 
Cécile Hollard - Fromages de chèvres - Fontiers Cabardès (11)

 

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Un lieu de vie familial, un centre culturel, mais surtout une ferme. En arrivant de loin le Colombier, au pied de la Montagne Noire, s’impose par sa grandeur sur les bois, les champs et les fermes des alentours. Parait-il que l’histoire de ce lieu est très ancienne.

Les pierres apparentes qui tapissent les bâtis parlent d’une paysannerie du Moyen-âge aujourd’hui presque oubliée. Au fil des siècles de nouvelles constructions sont venues se rajouter à ce magnifique complexe de bâtiments agricoles.

Une grange, une étable, un four, puis la bergerie et les habitations sont aujourd’hui le centre d’un mouvement perpétuel d’activités diverses : de la traite à la fromagerie, du jardinage à la cuisine les 5 membres de la famille Hollard se démènent afin de faire vivre ce lieu hétéroclite.




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D’un côté Cécile, 52 ans, est la fermière du Colombier. Avec ses 40 chèvres, elle arpente la ferme toute la journée afin de produire toute une multitude de fromages aux affinages particulièrement forts. Cabrichons, Cabribert, Tommes, Tommettes, Marbriers, Petits Colombier sont au menu de la ferme. La fromagerie une activité quotidienne et régulière qui s’accorde bien souvent à un engagement concret vers la qualité des produits et de l’environnement de la ferme.

Au-delà de l’activité agricole les enfants de la ferme veulent nous emmener plus loin…. Jusqu’aux champs. La où, pour la première année, a eu lieu le festival « Plein Champ ». Organisé et dirigé par Thomas, avec la collaboration de son frère Simon et ses deux sœurs Fanny et Marieke, ce festival s’est proposé d’articuler le culturel (contes, musiques du monde, théâtre etc) à l’agri-cultural (visite de la ferme, ateliers pratiques, etc).

 

fontiers3aCet événement montre le courage de ces acteurs du monde rural. Il traduit leur volonté de faire vivre le milieu agricole à travers des festivités qui associent engagement et ouverture.

Grace à ce genre de festival un constat est aujourd’hui à faire : l’art et le culturel, dans toutes ses formes, trouvent toute leur importance dans les fermes.

Au delà de cette modeste inspiration, cet événement nous offre la possibilité de repenser la « vie rurale » : il permet de se projeter dans un monde où les limites entre la ville et la campagne s’amenuisent au bénéfice du plus grand nombre.

La prochaine édition s’annonce encore plus chargée que la première. En attendant les travaux agricoles continuent et l’automne approche à grand pas.

 
Ferme Cap de la Goutte - Agriculture vivrière- Camarade(09)

 

camarade1« L’accès aux intrants (engrais, produits phytosanitaire, etc), aux outils et aux équipements agricoles est une des conditions pour que les agriculteurs puissent appliquer les techniques qui doivent leur permettre de produire plus et de gagner plus »1. Clair, pratique et synthétique. Voici une note trouvée sur le site du Ministère de l'Agriculture d'un des nombreux pays du Sud qui paraissent avoir adopté notre modèle de développement agricole. Cette note explicite, certes sommairement, le diktat politique prédominant qui a régi le sort d'une large partie du monde agricole occidental depuis 50 ans.

 

Sans même considérer les contributions, positives ou négatives, des intrants et de la mécanisation sur l'agriculture « moderne », je me suis trouvé face à un autre questionnement. J'aurais voulu, en effet, connaître un autre aspect du monde agricole dans le soucis de ne pas tomber dans une vision nostalgique et passéiste d'une paysannerie idyllique et prospère. En définitive, je me demandais comment, dans le « passé », le monde agricole parvenait à subvenir - même si partiellement - à ses besoins et ceux de la terre. En somme, comment la paysannerie, privée de ces intrants et ces machines, évitait de compromettre les fragiles équilibres du monde vivant tout en assurant sa subsistance.

 

Tout le monde conviendra que les différences socio-économiques qui nous séparent de cette époque ( jusqu'aux années 50) nous mettent à mal pour pouvoir avancer des comparaisons réalistes: les exigences alimentaires jusqu'au siècle dernier étaient fort différentes par rapport à celle actuelles. La planète était peu mondialisée et l'emprise de l'agro-alimentaire sur nos choix alimentaires n'existait guère. Toutefois, certaines choses sont claires : l'ensemble de ces facteurs conduisait à un complexe système socio-culturel où les besoins alimentaires s'adaptaient aux productions agricoles locales, et non l'inverse. Même si le commerce de denrées alimentaires prospérait de part et d'autre du monde, ceci n'était qu'au bénéfice d'une petite partie de la population aisée. La paysannerie (plus de 80% de la population jusqu'au début du XX° siècle), quant à elle, s'alimentait des produits que leur terre pouvait offrir.

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Certes, les fermes avaient un fonctionnement autonome (et non autarcique). Mais celui-ci s'articulait sur des principes de gestion et de préservation du milieu qu'aujourd'hui l'on pourrait définir d'« écologiques ». C'étaient des complexes agricoles où la polyculture-élevage était essentielle. Des cycles naturels entre la plante et l'animal régissaient l'équilibre écologique de ce milieu, certes anthropisé, mais guère pollué. En somme, des fermes à échelle familiale où la force de travail était uniquement animale et où les connaissances empiriques des paysans permettaient des récoltes quelque peu abondantes, mais suffisantes et saines.

 

Sûrement, la question est vaste. Cependant, quelques pistes de réflexion me sont parvenues, notamment grâce à la visite de la ferme du Cap de la Goutte. Un col qui m'a d'emblée fasciné.

D'un côté, les cimes du massif des Pyrénées, de l'autre, les plaines du Lauragais. Tout autour, des colline verdoyantes et généreuses où les lieux-dits portent des noms de caractère : Rieubach, Sabarat, Les Bourdals,,

Dans cette ferme, cinq personnes vivent de manière permanente et d'autres viennent agrémenter la vie de ce lieu collectif. Si le nombre d'habitants varie au cours des saisons, les valeurs de la ferme, elles, restent les mêmes : la passion et le respect de toute forme de vie qui participe au maintien de la ferme, l'entraide lors des travaux, et une alimentation saine et équilibrée inspirée du végétarisme. Mais ce qui m'a le plus captivé fut leur ambition de devenir autonomes (tant du point de vue alimentaire qu'énergétique).

Concernant ce dernier aspect, Roberto à les idées claires. Qu'il s'agisse de constructions (la future maison est isolée avec un mélange de chaux et copeaux de bois) ou des travaux à la ferme, tout doit être bien conçu afin de rester le plus possible en accord avec ses valeurs. Et si ces valeurs nous emmenaient à conjuguer passion et travail?

C'est par la passion du cheval que ce paysan est arrivé à considérer la possibilité de faire de la traction animale. Une possibilité qui s'est concrétisée dans les dernières années à travers des stages et des expériences professionnelles. Aujourd'hui, quand il me parle de ses animaux, il le fait bien sûr avec fierté, et ce, parce qu'il a réussi depuis des années à peaufiner ses connaissances dans cet art équestre. Un art qui consiste à coopérer avec le cheval afin de préparer le sol pour les cultures, ramasser le bois dans la forêt, et tant d'autres activités quotidiennes. Par la même occasion, je perçois un lui une sorte de liberté. Un sentiment d'affranchissement d'un outil, le tracteur, lequel depuis 40 ans à supplanté l'usage des animaux de trait. Un changement technique d'ampleur dans les pays industrialisés qui a conduit les agriculteurs vers une impasse socio-économique, étant donné leur dépendance vis-à-vis du secteur de la pétrochimie et celui de l'industrie lourde.

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La traction animale n'est certainement pas moins contraignante : une activité physique importante qui s'étale par ailleurs sur des temps de travail plus « longs », une maîtrise globale de l'animal ; faute de quoi, les travaux s'arrêtent. Mais lorsqu 'on marche deux heures au pas du cheval, les bienfaits du travail sont vite réalisés : une relation directe entre l'homme et ses cultures, un labour plus naturel et moins lourd sur la structure du sol et bien sûr un entretien physique constant et quotidien qui permet à Roberto de faire de l'alpinisme sans gêne.


 

J'ai maintes fois entendu dire, par les détracteurs de la traction animale, que les animaux de trait sont élevés sur des terrains où l'on pourrait cultiver pour l'homme. Certes, les pâtures seraient cultivées en céréales, légumes, etc.. Mais à quelle condition ? A condition de vouloir utiliser des engrais chimiques et d'autres produits pétrochimiques venant de l'extérieur. Alors que dans ces champs, la fertilité du sol est garantie année après année par des pratiques de gestion des fumures compostés, largement récompensées lors des récoltes.

 

En définitive, un cycle vital et bénéfique s'offre à l'ensemble des acteurs de ce projet d'autosuffisance. Un projet où la question de la durabilité est vécue au quotidien par des pratiques responsables. Un éventuel modèle de solutions possibles?